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Le Centre Wiesenthal à l’Académie royale irlandaise: "Le rapport d’évaluation du Musée Hunt publié sous vos auspices dissimule les relations de ses fondateurs avec le pillage d’oeuvres d’art des nazis"

Paris, le 21 juin 2006

Le Centre Simon Wiesenthal a fait part des connexions nazies de feus John et Gertrude Hunt, fondateurs du Hunt Museum à Limerick en Irlande. Au nom de possibles requérants d’œuvres d’art pillées pendant la Shoah, le Centre a réclamé une enquête indépendante sur l’origine de la collection Hunt à Limerick ou ailleurs.

Dans une lettre au président Mary Mc Aleese en date du 26 janvier 2004, M. Shimon Samuels, directeur du Centre Wiesenthal pour les relations internationales, avait protesté contre l’attribution du "Irish Museum of the Year Award" (prix annuel du musée irlandais), cette année-là, au Musée Hunt et demandé sa suspension avant que soit achevée une enquête indépendante. Le lundi 19 juin 2006, le rapport d’évaluation de groupe du Musée Hunt a été présenté à un certain nombre d’invités éminents lors d’un séminaire à Dublin, sous les auspices de l’Académie royale irlandaise. Le Centre Wiesenthal n’a pas été invité.

Le Musée a soutenu qu’il n’existait pas d’archives sur ses collections avant les années 50, ce qui rendait impossible de retrouver l’origine des objets. Il a aussi déclaré que le gros des collections datait des années 30 et 40, soit la période nazie.

Les informations dont dispose le Centre Simon Wiesenthal à partir de sources confidentielles font état d’une très forte présomption concernant des archives substantielles (correspondance et documentation) encore entre les mains de la famille Hunt et qui n’ont pas été transférées dans les archives du Musée Hunt. Ce point de vue est corroboré par le fait qu’en 2004, feu John Hunt Jr. a été capable de fournir une lettre importante sous-entendant que son père avait aidé des réfugiés juifs à fuir l’Allemagne nazie. Toutefois, cette correspondance révèle que Hunt était engagé dans l’acquisition d’objets d’art ; il était donc un profiteur de guerre et à ce titre, engagé dans un système de dépouillement des Juifs de leurs biens culturels, au même titre que les ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, un des organismes de pillages nazis des biens culturels les plus connus sous les ordres d’Alfred Rosenberg) et les trafiquants liés aux nazis. L’existence d’autres documents en rapport en possession de la famille Hunt est de la plus haute importance et le Centre Wiesenthal réclame une déclaration publique sur ce point.

Quand la documentation est inadéquate ou inexistante, ce qui est la situation dans laquelle le groupe d’évaluation du Musée Hunt a voulu faire croire qu’il avait été contraint de travailler, il y a lieu de faire des recherches sur la provenance des collections en examinant l’activité du collectionneur pendant cette même période. Les chercheurs peuvent alors fouiller les archives et les comptes rendus des ventes des marchands pour aider à l’identification des objets. Toutefois, en présentant son rapport à l’Académie royale irlandaise, M. Sean Cromien, président du Hunt Museum Evaluation Group, a déclaré qu’une telle approche n’avait pas été envisagée par son groupe parce qu’elle ne relevait pas de sa compétence. Ceci est totalement inacceptable pour le Centre Simon Wiesenthal.

On sait depuis longtemps que les archives existantes du Musée Hunt ont été de peu d’utilité pour déterminer l’origine des œuvres d’art. C’est une parodie de s’engager dans un processus que ne ferait que confirmer ce qui est déjà connu. Dépenser l’argent public à flots pour un si piètre résultat devrait constituer un motif de préoccupation pour les citoyens irlandais.

La décision d’écarter la seule méthodologie qui aurait pu donner des résultats substantiels jette le doute sur la revendication de transparence de ce groupe. Le Centre Simon Wiesenthal croit qu’elle a surtout permis d’éviter la production de preuves qui auraient pu être préjudiciables. L’indépendance de ce travail peut être remise en question dans la mesure où les recherches sur les activités des Hunt ont été confiées au conservateur du Hunt Museum, qui a prononcé la conférence inaugurale au séminaire de l’Académie royale irlandaise où le rapport a été présenté. Dans ces conditions, comment le Hunt Museum peut-il tenir ses engagements et s’engager dans une recherche exhaustive sur l’activité de ses fondateurs ? Depuis les premières questions soulevées par Mme Erin Gibbons au sujet des collections du Hunt Museum, dans l’Irish Arts Review, aucune tentative n’a été faite par le musée pour contacter l’auteur de cet article. Bien au contraire, la réponse du Hunt Museum a été de retirer son accord à l’accès aux archives et d’empêcher ainsi Mme Gibbons de poursuivre ses recherches.

Le Hunt Museum et ses supporters ont mené une campagne de dénégations dans la presse, renforcée par l’intervention de la conservatrice du Hunt Museum, Mme Virginia Teehan, lors de la conférence de l’Association des musées irlandais en 2004. Elle y a exigé la rétractation d’un article écrit par un précédent conservateur du Hunt Museum qui y critiquait les Hunt. D’après le Centre Simon Wiesenthal, les tentatives de Mme Teehan, à cette conférence, de convaincre la communauté des musées que les soupçons concernant les activités des Hunt ou leurs collections étaient sans fondement, ont préjugé des résultats du groupe d’évaluation.

Il est surprenant que le compte rendu du groupe d’évaluation se réfère à des sources d’informations britanniques ou américaines sur les activités de John et Gertrude Hunt mais en aucun cas à une source plus accessible. Je veux parler du Irish Military Intelligence Archive, Cathal Brugha Barracks, Dublin, où il existe un dossier (Ref: G2/4371) sur John et Gertrude Hunt. Ce dossier montre que John Hunt avait des relations commerciales avec un groupe de marchands basés en Suisse et engagés dans le négoce d’œuvres d’art volées par les nazis. Ce dossier fait état des relations amicales et commerciales entre John et Gertrude Hunt et le comte Alexander von Frey, un négociant de Lucerne qui avait aussi un appartement à Paris. Pendant la guerre, von Frey était occupé à obtenir des œuvres volées des ERR et, dans un cas, a négocié des peintures avec Herman Goering en échange d’œuvres volées.

Entre 44 et 46, Von Frey a demandé conseil à John Hunt sur la manière d’obtenir un passeport et un visa irlandais. Le dossier montre que Alexander von Frey et John Hunt traitaient aussi avec deux trafiquants d’art éminents, Arthur Goldsmith et Herr Buhrle. Goldsmith était impliqué dans des opérations avec un certain nombre de fournisseurs nazis importants, parmi lesquels Haberstock qui achetait des œuvres d’art pour Hitler. Herr Buhrle était associé au marchand allemand, Hans Wendland, et traitait avec l’agent de Goering, Walter Hoffer. La correspondance mentionne aussi la galerie Bossard, qui négociait les œuvres pillées, ainsi qu’un autre trafiquant majeur, Paul Lindpaintner, auquel il est fait référence en termes familiers, ce qui traduit son appartenance au cercle de trafiquants auquel John Hunt était lié.

Une autre correspondance fait apparaître que, fin 40, les Hunt commerçaient, à partir de l’Irlande, avec un trafiquant basé en Grande-Bretagne, Felix Harbord. D’une autre source on apprend qu’à la fin de la guerre, Harbord était impliqué avec l’armée britannique dans la recherche des oeuvres pillées et volées et, qu’à ce titre, il en a profité pour exproprier des objets « déplacés » et les vendre. Aucun des noms apparus dans les archives militaires ne figure dans le rapport d’évaluation du Hunt Museum et aucune de ces archives n’a fait l’objet d’investigations par ce groupe.

Toutefois, il est apparu que M. Brian O'Connell, Président de Shannon Development, une association de développement régional très proche de la famille Hunt, a accédé aux archives militaires il y a quelques mois. M. O'Connell, à ce moment, a été informé que John Hunt avait traité durant la guerre avec un cercle de trafiquants suisses d’objets d’art pillés par les nazis. Malgré cela, il n’en a apparemment pas fait part au groupe d’évaluation. M. O'Connell a été invité au séminaire de présentation des recherches du groupe d’évaluation devant l’Académie royale irlandaise et y a présenté une vive défense de John Hunt et de ses activités, en y protégeant donc sa réputation. Le Centre Simon Wiesenthal demande qu’une déclaration publique soit faite par toute personne, agent, famille ou représentant de la famille Hunt ou du Hunt Museum qui aurait - à quelque moment que ce soit - eu accès aux archives militaires irlandaises. Le groupe d’évaluation du Hunt Museum semble n’avoir agi ni dans l’indépendance ni dans la transparence et le résultat de ses travaux pose plus de questions qu’il n’en résout. De plus, la limitation de ses compétences et sa méthodologie ont fait en sorte ce que la réputation des Hunt ne soit pas souillée par des aperçus éclairants sur la nature de leurs activités ou de celles de leurs infâmes associés en affaires.

 

Pour plus d’informations, veuillez contacter M. Shimon Samuels au +33 6 09 77 01 58.

 

 

 

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